Fernanda Cohen, vingt ans d'illustration tout-terrain
- Artivistas

- il y a 5 jours
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Bonjour Fernanda, peux-tu commencer par te présenter et partager tes sources d’inspiration ?
Je m’appelle Fernanda Cohen, je suis dessinatrice et illustratrice argentine, formée à New York, où j’ai vécu pendant douze ans et où je me suis établie professionnellement. Je travaille principalement pour des clients dans les domaines de la publicité, de l’édition et de la mode. Parallèlement, j’ai présenté une douzaine d’expositions personnelles de mon travail artistique à Buenos Aires, New York et Paris.
Mes sources d’inspiration proviennent principalement de mes questionnements existentiels, de ma relation avec mon corps et mon essence personnelle, mais aussi de mes observations du quotidien et de la société qui m’entoure.
Tu as étudié à New York et y as développé une partie importante de ta carrière. Pourquoi être revenue à Buenos Aires ?
Mon retour en Argentine a été purement circonstanciel ; ce n’était pas une décision motivée par l’envie de quitter New York. Professionnellement, tout allait très bien et j’étais épanouie dans ma vie personnelle. Cependant, mon mari de l’époque, qui était américain, souhaitait vivre l’expérience de la vie à Buenos Aires, et je l’ai donc accompagné.
Je n’ai jamais regretté d’être revenue, car je comprends aujourd’hui que je préfère vieillir en Argentine. Mais New York me manquera toujours : sa culture, ses rues, mes habitudes et une poignée de mes amis. Une partie de mon cœur est resté là-bas à jamais, et j’ai appris à vivre avec cette réalité.
Comment vois-tu l’évolution de la scène de l’illustration en Argentine et en Amérique latine ?

Ma réponse à cette question est différente de celle que j’aurais donnée l’année dernière, en raison de l’arrivée soudaine de l’intelligence artificielle. Avant cela, j’aurais dit que, même si le marché argentin est nettement plus petit que celui de New York, véritable Mecque de l’industrie de l’illustration, la concurrence y est également beaucoup moins forte, notamment parce qu’il n’existe pas de véritable formation académique en illustration dans le pays. Environ 90 % des illustrateurs argentins sont issus des beaux-arts, du design graphique ou sont autodidactes. Le style dominant est donc généralement plus graphique et moins pictural.
Aujourd’hui, avec l’introduction de l’IA, le marché s’est considérablement réduit. Une grande partie des petits projets qui permettaient de gagner sa vie chaque mois a disparu , du moins pour l’instant, en l’espace de quelques mois. Je pense toutefois que, comme tout dans la vie, cela fait partie d’un cycle. Nous finirons par retrouver un équilibre et réapprendrons à apprécier la singularité du travail réalisé par la main humaine. Mais pour le moment, les clients apprennent tout juste à utiliser cet outil et privilégient souvent les gains de temps et de budget qu’il offre.
Tu as travaillé pour de grandes publications, des marques, tes propres projets éditoriaux, ainsi que pour des expositions en galerie. Parmi toutes ces expériences, lesquelles as-tu le plus appréciées ? Que t’ont-elles apporté ?

Ce que je préfère, c’est créer des séries de dessins personnels, réaliser des vitrines et participer à des campagnes publicitaires. J’ai particulièrement apprécié la campagne d’auteur que j’ai réalisée pour Coca-Cola, pour laquelle j’ai peint une toile de deux mètres sur deux inspirée de la région du littoral argentin. Cette œuvre a ensuite été adaptée et reproduite sur des bouteilles de Coca-Cola Light distribuées dans toute l’Amérique du Sud. J’ai également été fascinée de voir mes dessins en couverture du New York Times Magazine et dans les pages du magazine The New Yorker, deux objectifs dont je rêvais depuis longtemps. Mes séries personnelles me procurent toujours un plaisir difficile à expliquer. Elles ont d’ailleurs souvent nourri et inspiré mon travail commercial.
Après plus de vingt ans de carrière, l’accumulation des expériences m’a appris à identifier mes points forts et mes limites, à comprendre les différentes formes de direction artistique et les défis qu’elles impliquent, à accompagner les clients qui n’ont jamais travaillé avec des illustrateurs, à diversifier mes compétences pour toucher un public plus large, et surtout à consacrer de plus en plus de temps aux projets qui me procurent un réel plaisir.
En octobre, tu présenteras une nouvelle série de dessins chez Artivistas. Cette série tourne autour des femmes et du vin. Peux-tu nous en dire davantage sur le concept de l’exposition ?

La série Renée Burgundy est née des croquis que j’ai réalisés pour une fresque murale destinée au restaurant FaroNorte, à Mar del Plata, en 2024. L’établissement possède une cave à vins remarquable ; le vin devait donc naturellement en être le protagoniste. Par ailleurs, au début de ma carrière, j’avais réalisé une série représentant des personnes nues mangeant et buvant, et le propriétaire du restaurant souhaitait que je m’inspire de cette esthétique. J’ai commencé par dessiner plusieurs figures individuelles, avant que nous réalisions qu’une scène de couple fonctionnerait mieux.
J’ai tellement aimé ces premiers dessins que j’ai continué à développer la série, encore et encore, sans jamais m’arrêter jusqu’à aujourd’hui. Les femmes que je représente incarnent mon essence la plus profonde, tandis que le vin symbolise les trois dernières années de ma vie aux côtés d’un passionné de grands crus.
Que représente l’artivisme pour toi ? Te considères-tu comme une artiviste ? Pourquoi ?
Je pense que créer de l’art est, par essence, une forme d’expression personnelle qui relève déjà de l’activisme. Je n’aime pas beaucoup les étiquettes, et le mot « artiste » lui-même ne me correspond pas entièrement, car il a été tellement galvaudé. Mais je suis artiste et, à ce titre, activiste par définition.

Quel message aimerais-tu partager avec notre communauté ?
Ne perdons jamais notre capacité à apprécier la voix singulière et unique de chaque être humain. Soutenons avant tout la création, la consommation et la valorisation de ce qui est authentique et réel.




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