Carlos et Saul : l'art de faire du café

Bonjour Carlos et Saul, pouvez-vous commencer par vous présenter et nous parler de Plural, votre projet commun ?
Nous sommes deux passionnés de café d'Amérique latine, réunis par l'envie de transmettre la richesse de nos cultures à travers le café de spécialité. Nous avons tous les deux grandi dans le même quartier de Medellín sans jamais nous croiser, jusqu'à ce que nous fassions connaissance dans un café à Paris.
Plural est né de ce désir partagé : créer à Paris un lieu vivant où le café sert de trait d'union entre des producteurs engagés et les amateurs de café de spécialité. Plus qu'un simple café, c'est un espace d'échanges culturels, sociaux et humains. Notre engagement : respecter et valoriser chacune des personnes dont le rôle est essentiel à la culture du café. Plural est pour nous l'occasion de démocratiser l'accès au bon café et d'en garantir la juste rémunération à chaque acteur et actrice de la filière.
Il est très important pour nous de mettre en valeur les cafés latino-américains, du Mexique au sud du Brésil, car le café y est bien plus qu'un produit agricole : il est indissociable de notre identité culturelle.
Vous n'êtes pas artistes au sens traditionnel du terme, mais faire du café est tout un art. Pouvez-vous nous expliquer quels savoir-faire se cachent derrière notre café du matin ?
Le café est un produit d'une grande complexité. Sa production implique une pluralité d'individus, de genres, de pensées et de savoir-faire. Derrière la tasse du matin se cache un travail d'équipe à plusieurs niveaux :
● Le travail du terroir
: le soin apporté par les agriculteurs et agricultrices (gestion de l'altitude, méthodes de fermentation, récolte manuelle des cerises à maturité).
● La torréfaction : l'art de révéler le profil aromatique propre à chaque grain, sans le masquer par la cuisson.
●L'extraction : la précision du ou de la barista (finesse de la mouture, température de l'eau, ratios) pour sublimer la matière première et transmettre l'histoire de chaque tasse.
Vous faites appel à plusieurs concepts qui nous sont chers chez Artivistas : coopération, émancipation, engagement, respect de l'environnement… Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est « la démocratie du café » ?
La démocratie du café repose sur deux piliers indissociables :

● L'équité économique : garantir une rémunération juste aux producteurs et rendre la chaîne de valeur totalement transparente, loin des cours boursiers spéculatifs.
● L'accessibilité culturelle : désacraliser le café de spécialité pour le rendre accessible à toutes et à tous, sans élitisme.
Comprendre ce que l'on boit, c'est reprendre le pouvoir sur sa consommation. Boire un café éthique est un acte politique.
Vous êtes des artivistes à part entière ! Qu'est-ce que l'artivisme pour vous ? Avez-vous un lien particulier avec le monde de l'art ?
L'artivisme consiste à utiliser la création et la culture comme levier de transformation sociale et politique. Chez Plural, le café est notre médium d'expression. Notre lien à l'art s'incarne d'abord dans notre lieu, pensé comme une scène ouverte qui accueille plasticiens, musiciens et porteurs d'idées. Il s'incarne aussi dans notre direction visuelle, conçue pour raconter l'histoire des luttes de nos territoires : elle puise à la fois dans l'affiche populaire latino-américaine et dans les formes géométriques simples du Bauhaus.

Nous sommes très heureux d'annoncer ce mois-ci une nouvelle collaboration entre Plural et Artivistas ! Je vous laisse le soin de raconter à nos lecteur·ice·s de quoi il s'agit et pourquoi elle s'est imposée, de part et d'autre, comme une évidence.
Cette alliance s'est imposée comme une évidence. Nos deux projets partagent une même mission : faire rayonner l'Amérique latine à Paris à travers ses voix engagées et sa créativité. Nous croisons nos savoir-faire pour proposer des expériences hybrides où la dégustation éthique rencontre les expressions artistiques de notre communauté.
Nous nous rejoignons dans la volonté de faire connaître la culture latino-américaine à Paris : quels obstacles et quelles opportunités avez-vous rencontrés en construisant un lieu dédié à l'Amérique latine à Paris ?
Les obstacles : déconstruire les idées reçues sur le café latino-américain, trop souvent associé à des produits industriels ou trop torréfiés, et surmonter la lourdeur administrative et économique propre à une installation à Paris.
Les opportunités : un public parisien curieux, en quête de sens, et une diaspora latino-américaine vibrante, prête à faire vivre un lieu de rassemblement authentique.
Pour finir : quel message aimeriez-vous partager avec notre communauté ?
Venez pousser notre porte, échanger, goûter et questionner. Chaque tasse dégustée est un soutien direct aux producteurs de nos régions et un pas de plus vers une culture vivante, partagée et solidaire.






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